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Juil 21 2017

Développer une action éducative dans le champ du sport et de l’éducation populaire : des métiers d’avenir !

Les réformes successives (RGPP, MAP, reforme territoriale) ont contribué au cloisonnement des collègues. Chacun se retrouve plus ou moins isolé dans des problématiques territoriales, de services et autres réalités subies (suppression de postes, injonctions préfectorales, effacement de l’identité Jeunesse et Sport, ouverture du marché de la formation professionnelle…). Chacun se débrouille en fonction de ce qu’il peut encore investir de conviction pour donner du sens.

Comment ne pas voir dans cette situation un démantèlement programmé de l’identité éducative et pédagogique de notre Ministère ? Nous assistons à un glissement mortifère : de l’action éducative concrète car inscrite dans des proximités avec des publics, à la perte de l’identité éducative, enfermée dans des logiques administratives inopérantes. Les résistances des PTP (professeurs de sport et CEPJ) à cette dérive, construites sur les fondements d’un militantisme inscrit dans des pratiques éducatives affirmées, ont permis de reculer l’échéance. Mais le discours de l’administration est rôdé depuis des années et nous assistons simplement à la concrétisation du renoncement éducatif dans une structuration acculturée qui vise à éloigner les personnels des publics. Il ne s’agit surtout plus de faire, mais d’accompagner le « faire », voire même d’accompagner le « faire faire ». Quel citoyen a besoin d’un service public qui n’a plus vocation à être dans l’action ? Et encore il faut être vigilant aux acceptations du terme « action » et au sens qu’on lui donne. L’action éducative ce n’est pas de l’incantation, ce n’est pas non plus simplement parler d’éducation, mais d’agir aux transformations individuelles et collectives. Et en la matière, les mots et concepts sont souvent l’arbre qui cache la forêt des abandons du service public : on peut malheureusement, être « conseiller » (CAS, CTS, CEPJ), « formateur » sans pour autant agir concrètement en direction de publics… Quel encadrement demande expressément aux PTP de faire du face à face pédagogique ? De privilégier l’action pédagogique à l’enfermement dans des représentations et procédures administratives ?

Nous nous faisons berner, nous confondons trop souvent les quelques espaces de libertés offerts par des chefs de service comme l’autonomie relative à l’exercice de notre action de cadre A assimilé « enseignant ». Il ne faut pas confondre autonomie et oubli… On sait rappeler lors des résultats olympiques ou lors de toutes autres manifestations médiatisées, le travail de l’ombre des PTP du Ministère mais toujours sur des effets de forme, jamais sur le fond.

Les pratiques marginalisées par l’administration doivent revenir le cadre de référence et cela indépendamment des affectations qui structurent, organisent et entérinent le renoncement à exercer un métier technique et pédagogique. Il faut organiser et revendiquer les résistances concrètes :

  • Ouvrir de la dispute !

Nous avons engagé un chantier sur les métiers lors de notre dernier congrès d’étude pour inscrire nos mandats dans une vision la plus exhaustive possible et partagée des pratiques professionnelles réelles. Ce chantier est pour nous surtout le moyen de créer de la dispute, au sens que des pratiques éducatives vivantes nécessitent du débat, de la controverse avec l’ensemble des collègues. C’est une condition indispensable, si nous voulons faire « corps ». Nous sommes engagés désormais à poursuivre ce travail en intersyndicale et de le proposer aux nouveaux ministres.

  • Contribuer à une mission éducative complémentaire à l’école

Nous devons retrouver notre place aux côtés des collectivités et des associations pour contribuer à la mission éducative complémentaire à l’école. Dans chaque service ou établissement de notre ministère, il convient de rappeler que cela n’est pas uniquement l’affaire des PTP mais celle de tous les personnels. Il nous faut donc sans doute plus partager avec les inspecteurs JS et valoriser les pratiques éducatives en y associant les collègues des filières administratives et ouvrières. Dans les services, cela doit passer par l’occupation des espaces professionnels par des problématiques éducatives (réunion, temps de travail informels, accompagnement lors de pratiques à l’extérieur du service…), dans les établissements, par la rédaction d’un projet éducatif partagé à destination des stagiaires de la formation professionnelle et des sportifs inscrits en pôle. L’objectif doit être de constituer des équipes pédagogiques et plus largement une communauté éducative identifiée et agissante.

  • Former, transmettre, accompagner, échanger sur les métiers

Nous reconnaissons le rôle essentiel de nos collègues qui ont été des transmetteurs de pratiques éducatives réelles dans lesquelles chacun a pu se reconnaître à son arrivée dans un service, un établissement ou une fédération. Mais nous savons aussi que l’affectation immédiate dans des services en souffrance (faute d’effectifs suffisant et/ou de sens donnés aux missions) rend désormais impossible cette transmission ainsi que toute possibilité de formation initiale des collègues. La formation initiale doit donc être totalement restructurée pour qu’elle soit une réelle formation aux métiers. Cela doit passer par une affectation dans un établissement national (INSEP) dès la sortie du concours. Nous devons également investir la formation professionnelle continue pour qu’elle devienne un espace de formation technique et pédagogique et un temps pour l’échange de pratiques dans ce domaine.

  • Renforcer une légitimité auprès des publics

La reconnaissance de l’identité éducative de nos métiers par l’Etat est un enjeu essentiel et cela passe notamment par l’intégration de l’éducation populaire et des sports dans un même ministère lui-même intégré dans un grand pôle éducatif. Elle ne doit cependant pas nous faire perdre de vue qu’un service public construit sa légitimité auprès de publics…

Nous devons donc positionner notre service public comme un moyen de lutter contre les inégalités territoriales induites par les politiques plus ou moins volontaristes des collectivités. Cela doit s’inscrire dans des proximités auprès d’équipes pédagogiques dans des associations, des collectivités. Si le contrôle est une mission statutaire des Inspecteurs, elle n’est pas celle des PTP. L’accompagnement de ces derniers quand il ne se limite pas à l’instant de l’action mais également à un travail en amont (formation, réunion de préparation) et en aval (évaluation) est complémentaire à la mission de contrôle sans pour autant s’y substituer.

Nous devons également nous positionner comme les seuls en capacité à faire du lien, fédérer les différents acteurs éducatifs (éducateurs sportifs, animateurs socio-culturels, directeurs associatifs, élus locaux, services territoriaux, dirigeants associatifs…) là où trop de collectivités organisent au nom de la sacro-sainte doxa libérale une concurrence libre et non-faussée entre eux. C’est le rôle qui doit être notamment reconnu aux CREPS, devenus EPLF (Etablissements Publics Locaux de Formation) et nous devons nous mobiliser pour porter cette légitimité.

Fabrice VERAY