La “Crise”

Vous trouverez ci joint un document sur la crise économique et sociale : 8 pages sur la “Crise”

Cet outil s’adresse à tous les militants et est à utiliser comme vous le jugez utile pour mener le débat avec tous les personnels et les citoyens sur la nature de la crise afin de permettre à chacun de mieux comprendre la situation et de débattre des pistes pour en sortir.

Traverses Unitaires n°75

Télécharger la revue syndicale : Traverses Unitaires n°75

De l’art de démanteler la filière administrative de l’Éducation Nationale…

Télécharger le tract de la FSU :  Info aux administratifs EN 5-12-11

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Les personnels administratifs de l’Éducation Nationale ont reçu ou vont recevoir dans les services un courrier de la DRH des ministères sociaux qui les incite à demander leur détachement dans les corps des ministères sociaux / travail. Cette proposition est un chantage à l’indemnitaire qui a pour finalité le décrochage des services du ministère de l’Éducation Nationale.
  • Le détachement est un droit individuel, mais la proposition doit en exposer clairement les conséquences.
  • Ce n’est pas le problèmes des seuls personnels administratifs, c’est tout Jeunesse et Sports qui est concerné.
  • Harmoniser oui, mais par le haut en conservant nos statuts et en améliorant nos droits !
EPA et SNASUB FSU

DEFENDRE L’ÉDUCATION POPULAIRE

SEP-UNSA                    EPA-FSU                 SNPJS-CGT

POUR UNE SOCIÉTÉ ÉDUCATIVE

POUR UN SERVICE PUBLIC NATIONAL DE L’ÉDUCATION POPULAIRE

POUR UNE MISSION URGENTE D’INTÉRÊT GÉNÉRAL

Avec la Révision Générale des Politiques Publiques, dans un contexte idéologique sécuritaire, la politique de l’Etat en matière de jeunesse et d’éducation populaire est en perdition.

Les moyens destinés aux associations sont en disparition, le peu restant s’inscrit dans la mise en concurrence.

Les « programmes » en direction des jeunes s’éteignent les uns après les autres. La mission de formation des CEPJ est condamnée par une vision exclusivement bureaucratique et de contrôle avouée.

Les corps techniques et pédagogiques en charge des missions de jeunesse et d’éducation populaire sont de fait mis en extinction. Il n’y a plus de concours de recrutement. Le corps des Conseillers d’Education Populaire et de Jeunesse est condamné. Les précaires recrutés sur les postes vacants pour faire survivre le corps, sont les premiers touchés par les suppressions massives de postes annoncées pour 2012 et 2013.

Les syndicats des personnels de l’Etat en charge de l’éducation populaire se sont mis d’accord sur une interpellation commune d’urgence des groupes parlementaires de gauche du Sénat et de l’Assemblée Nationale pour convaincre de la nécessité d’enrayer le cycle actuel de disparition programmée, mais surtout pour engager une dynamique commune de restauration d’une politique nationale d’éducation populaire qui ne soit pas exclusivement ciblée sur les publics « jeunes » et la réparation sociale. L’entrée dans une société de la connaissance, la permanence de la question du comment faire société?, la montée des défiances interculturelles, les incertitudes économiques, la mondialisation des cultures et des peuples plaident pour l’actualité des démarches d’éducation populaire, pour l’action inter générationnelle. Cette mission nationale ne peut être totalement transférée sur les collectivités car elle suppose des complémentarités éducatives complexes dans un domaine partagé avec les associations.

Le budget « jeunesse, vie associative » 2012 est d’une faiblesse avouée. Il consacre la perte de moyens publics. Il acte le recentrage du secrétariat à la jeunesse et la vie associative et de sa Direction de la Jeunesse, de l’Education Populaire et de la Vie Associative (DJEPVA) sur le soutien quasi exclusif à l’agence du service civique. Ce que nous pouvions voir se profiler se précise : les Conseillers d’Education Populaire et de Jeunesse sont en train de devenir les supplétifs de cette agence sans personnels, aux moyens insuffisants. Ce budget 2012 s’inscrit dans une logique confirmée d’abandon de la mission éducative, au nom d’une cohésion sociale brouillée de sens. Il réduit la mission d’Etat au contrôle assimilé à de la « protection d’usagers ».

Le budget de la jeunesse porté par le gouvernement, via un Secrétariat d’Etat à la Jeunesse et à la Vie associative exsangue, signe la mort de la mission d’Etat d’éducation populaire.

  • les associations et fédérations d’éducation populaire sont financièrement asphyxiées
  • la mission d’éducation tout au long de la vie disparaît devant la réparation sociale
  • les collectivités territoriales n’ont pas capacité, ni vocation à se substituer à l’Etat

Ce que nous proposons pour une alternative politique à la destruction programmée du service public de la Jeunesse et de l’Education Populaire:

  • Un ministère de l’éducation populaire de plein exercice, doté d’un réseau régional et départemental, et d’établissements publics spécifiques et identifiés
  • La légitimation de l’action éducatrice de l’État menée de manière égalitaire sur l’ensemble du territoire
  • La reconnaissance des compétences des équipes éducatives (Conseillers Techniques et Pédagogiques/Personnels administratifs) dans le domaine de l’éducation populaire, des activités socioéducatives et culturelles
  • La garantie d’une franchise éducative assurée à l’ensemble des personnels techniques et pédagogiques
  • Un rôle d’interlocuteur dégagé des pressions locales, des clientélismes et des lobbies, auprès des associations et collectivités sur un même territoire.
  • Avec 1,1 million d’associations, 15 millions de bénévoles, 1,9 million de salariés associatifs, nous demandons pour un service public de qualité un plan de recrutement de 550 conseillers techniques et pédagogiques d’éducation populaire (CEPJ/CTPS) sur 5 ans pour arriver à un ratio de un pour 1 000 associations.
  • Prenant appui sur des pratiques positives potées par des collectivités (conseils régionaux et généraux, communes…) nos organisations syndicales en appellent à un véritable projet partagé pour l’éducation tout au long de la vie, respectueux de tous ses acteurs.

Cohésion sociale ! Mon oeil !

Télécharger le tract : Suppressions de postes en Lorraine

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PREMIÈRES VICTIMES DU PLAN D’AUSTÉRITÉ : LES CONTRACTUELS (CDD) SONT VIRÉS. SOLIDARITÉ ET COLÈRE !

Suppressions de postes dans les services cohésion sociale en Lorraine : 15, 5 ETP en 2012

15,5 ETP en 2013 Aucun départ en retraite ne sera remplacé.

Aucun contractuel (CDD) ne sera renouvelé.

8,9 ETP sont repérés comme supprimés. Parmi ceux-ci les postes de contractuels.

Delphine et Cécilia se sont vu signifier que leurs contrats ne seront pas renouvelés. Nous leur témoignons notre solidarité. Elles peuvent compter sur le soutien de la FSU dans leurs démarches.

Nous condamnons cette politique qui met au chômage des collègues qui ont fait leurs preuves professionnelles.

Nous condamnons cette politique qui en n’ouvrant pas de postes aux concours ne leur permet pas d’accéder aux cadres statutaires dans lesquels elles ont acquis des compétences.

Nous condamnons cette politique qui fait que l’Etat préfère payer du chômage plutôt que du salaire.

Nous condamnons cette politique qui va bien au delà du programme de non remplacement d’un fonctionnaire sur 2.

Ces suppressions de postes devaient s’accompagner d’une politique de revalorisation salariale pour tous. Les mensonges se confirment :

 100% des départs ne sont pas remplacés  le point d’indice est gelé  un jour de carence en cas de congé maladie

Le seul régime indemnitaire à la hausse est celui de la Prime de Fonction et de Résultats pour ceux qui sont chargés cette politique de casse.

Cela va avoir un impact sur ceux qui restent : du travail en plus et une transformation des missions. Tant qu’il y a des crédits d’intervention ! Car cette politique vise la disparition des services publics. Les agences et autres officines ad hoc sont celles qui gèrent les crédits les plus importants déjà.

Pour aborder l’ensemble du dossier, la FSU demande la convocation d’un CTP.

 

Indemnités 2011 en Lorraine

Télécharger le tract : indemnités 18-11-2011

Note de service DRH Indemnités 2011

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La FSU a obtenu un entretien avec la directrice régionale au sujet du dernier versement indemnitaire pour l’année 2011. En 2010 les reliquats des deux BOP des 2 entités avaient pu être répartis en indemnités entre les personnels de manière redistributive, c’est à dire en donnant plus à ceux ( à celles, surtout) qui touchent le moins. Dans tous les cas le total des indemnités ne dépassait pas le plafond indemnitaire autorisé.

Cette année, l’équipe de direction nous a présenté une situation du BOP 124 (qui inclut les salaires, les indemnités, les vacations, les Garanties Individuelles de Pouvoir d’Achat et les remboursements de CET) extrêmement tendue, y compris sur les rémunérations. Les gestions antérieures offraient plus de marges de manœuvre, qui ont aujourd’hui disparu.

Nous avons exprimé notre opposition à cette gestion des régimes indemnitaires qui maintient des écarts entre personnels effectuant les mêmes tâches, (dans les services territoriaux et pas à la centrale, avons nous appris depuis) ; et que l’espoir d’une augmentation de pouvoir d’achat en compensation des suppressions de postes, des effets RGPP et du gel de point d’indice (travailler plus, pour gagner plus !!!) générait une profonde déception, de la démobilisation et un sentiment d’injustice.

Donc pas de complément indemnitaire cette année !

Le montant des indemnités du mois de décembre devrait être identique au montant du mois précédent. Le service reçoit pour chaque agent un taux moyen défini statutairement. Chacun doit toucher ce montant puisque la direction nous a affirmé que très peu de modulations étaient pratiquées.

Donc nous vous invitons à consulter les tableaux joints (montants moyens annuels) pour vérifier que vous touchez le montant moyen prévu. Si vous avez moins, c’est que la direction a décidé de vous baisser vos indemnités et vous avez dû en être informés en 2010. Si vous avez plus c’est que quelqu’un d’autre a touché moins… ou que finalement il restait un reliquat qui a été partagé.

Chaque personnel de la DRJSCS sera informé par courrier du montant total qui lui a été attribué.

Les tableaux joints vous permettront de constater les écarts indemnitaires entre les différentes entités du service. Il y a eu fusion des services mais pas d’harmonisation des régimes indemnitaires !

Nous vous rappelons que la FSU demande l’intégration des primes dans le salaire, et a minima une harmonisation des régimes indemnitaires dans une administration qui a fusionné.

Pages suivantes : Le tableau des montants indemnitaires moyens par catégorie statutaire. (circulaire 2011 – 307)

RQ : Le montant moyen des personnels administratifs EN de catégorie C est aligné sur 2381€.

Injonction aux PTP de représenter la DRJSCS en AG

Télécharger la lettre de la section FSU de la DRJSCS de Lorraine : Lettre FSU Lorraine DR 171111

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Jury de la langue de bois

En découvrant en page d’accueil de l’intranet de la DRJSCS les annonces des ateliers territoriaux de la cohésion sociale, la section EPA a rapidement organisé un jury de la langue de bois qui a attribué deux prix:

1er prix : la langue de teck est décernée à la DDCS du Var  pour son colloque organisé le 29 novembre 2011 au CREPS d’Aix-en-Provence :

Egalité entre les femmes et les hommes, facteur de cohésion sociale ?

Vous avez bien lu « 29 novembre 2011 » Il ne s’agit donc pas d’un thème piqué dans un agenda de salon mondain du XIXème siècle, ni même de l’ordre du jour d’un très ancien concile… il y a des êtres humains qui travaillent dans des administrations chargées de mettre en place des politiques publiques de cohésion sociale qui se posent aujourd’hui la question de savoir si l’égalité entre les femmes et les hommes est un facteur de cohésion sociale.

Le suspens est intenable, pourrons-nous attendre jusqu’au 29 novembre pour connaître la réponse ?

 

2ème prix : la langue de chêne est décernée à la DDCS du Var  pour son colloque organisé le 24 novembre 2011 à La Garde 83 :

Les enjeux et les conditions de la réussite pour une meilleure synergie des acteurs dans les politiques de cohésion sociale

 Que du bonheur : l’auteur de cette phrase a dû tourner 7 fois le stylo dans sa bouche avant d’écrire avec l’encrier. Monsieur Jourdain aurait pu nous proposer : « des conditions de la réussite sociale pour une cohésion des acteurs dans la synergie des enjeux de la politique. »

Ou encore : « pour une meilleure condition sociale des acteurs de la réussite dans une politique de synergie de la cohésion. »

Mais au-delà du babillage, peut-être découvrirons-nous le sens caché : Pourquoi et comment mettre tout le monde au boulot ?

Si certains poètent au dessus de leur cul… d’autres ne prennent-ils pas le risque de colloquer au dessus de leurs neurones ?

Personnels Jeunesse et Sports : Défendons nos missions ! Défendons nos statuts !

Il y a un an, le relogement rue Saint Sébastien est venu compléter le tableau de la RGPP qui dessinait la dégradation de nos conditions de travail et…du service rendu au public.

Les personnels issus de Jeunesse et Sports ont pris l’initiative d’un combat courageux en refusant de rentrer dans des locaux considérés par tous les observateurs indépendants comme insalubres et dangereux. Nous avons été soutenus et rejoints par des collègues issus de l’ACSé, de la DRASS, de la DDASS et de la Préfecture. Le combat pour notre dignité a permis de passer par-dessus les frontières de nos administrations d’origine, et nous avons remporté une première victoire.

Réunis malgré nous dans une même administration, nous avons engagé une démarche d’ouverture pour rassembler le meilleur de nos cultures professionnelles « la solidarité, l’éducation populaire et l’égalité des droits », tout en revendiquant nos spécificités.

Il a toujours été dit que la réunion de nos services n’était pas l’absorption de Jeunesse et Sports par l’Action Sanitaire et Sociale. Nous devions conserver nos missions et nos statuts.

La baisse des effectifs a déjà considérablement accru notre charge de travail au détriment de nos interventions techniques et pédagogiques auprès de nos partenaires associatifs et des collectivités locales.

Les personnels de jeunesse et sports mènent des missions spécifiques en direction des publics. Ils ont une vocation éducatrice, un métier, des spécialités professionnelles, ils bénéficient de dispositions statutaires en corrélation avec ces missions.

Nous refuserons catégoriquement toute remise en cause de nos statuts sous le prétexte d’ « harmonisation » des corps, car ce serait franchir un pas de plus dans la dégradation de nos conditions de travail et du service rendu au public.

Nous demandons à l’ensemble des personnels et aux organisations syndicales d’exprimer leur solidarité avec ce combat que nous mènerons chaque fois que nos missions et statuts seront menacés, à l’échelon national comme à l’échelon local.

 

Education populaire : De quoi parle t-on ? Pour ouvrir le débat…

Festival des pratiques d’éducation populaire
15 octobre 2011 Saint Marcel – Marseille

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L’éducation populaire a une histoire riche, son ancrage dans le mouvement social lui a conféré un sens. Mais nous allons essayer de nous épargner de longues évocations de l’histoire. Nous proposons de nous tourner résolument vers les pratiques actuelles qui participent à l’invention d’un avenir pour tous, sans oublier le contexte de marchandisation généralisée, où l’instrumentalisation des associations, voire leur asphyxie, la précarité des animateurs et le démantèlement des services publics ne sont pas les moindres problèmes.

Les thèmes des espaces que nous avons proposés aujourd’hui sont assez signifiants de ce que l’on peut considérer comme le champ pratique de l’éducation populaire: en réunissant ici à Emmaüs, des militants, des travailleurs en lutte, des associatifs, des animateurs, des enseignants, des artistes, des acteurs de la critique des médias, des citoyennes et citoyens venus d’horizons divers, nous avons essayé d’éviter le piège d’une kermesse des activités socioculturelles qui survaloriserait les techniques au détriment du sens.
Pour organiser cette journée, nous nous sommes appuyés sur un collectif de porteurs de pratiques plutôt que sur des institutions, ce n’est pas un acte de défiance par rapport aux grandes fédérations qui ont su, contre vents et marées, porter le message jusqu’à ce jour. Mais nous avons fait le choix de prendre du recul par rapport aux logiques institutionnelles. Pour penser le sens de l’éducation populaire, nous avons souhaité nous affranchir des diverses contraintes qui obligent à assurer avant tout la survie des structures. Ce n’est ni aux pouvoirs publics, ni aux marchands, ni aux banquiers de dicter le sens de l’éducation populaire, c’est à tous les porteurs de pratiques, à tous les citoyennes et citoyens en mouvement.

Je remercie toutes celles et tous ceux qui ont répondu à notre appel, associatifs et syndicalistes, militants et artistes, journaleux et radioteurs, animatrices et animateurs, venus des centres sociaux, des MJC, d’universités populaires, de Fralib en lutte, des AMAP, de l’APEAS, du Portail des savoirs, de la Zone textile autonome, de Mille Babords, des Femmes en noir, de l’UJFP, du Fourmidiable, des Tréteaux du Charrel, de RESF, de la chorale « La Lutte Enchantée », de la librairie Transit, des réseaux d’échanges réciproques de savoirs, de l’ARDL, des Têtes de l’Art, du Blues Anarseillais, de Grive et Ours, de Djamtam, du Forum Alternatif Mondial de l’Eau, du Portail des luttes, du journal « le Ravi », de la revue « Emancipation », de l’Atelier Jasmin, de Sucré/Salé, de l’association Pol’Art… sans oublier Michaël et Maxime de MSE sud, Anne et les compagnons d’Emmaüs, sans qui cette manifestation n’aurait pas eu lieu. Et comme j’en suis aux remerciements, je me dois d’évoquer le travail de celles et ceux qui ont participé à cette renaissance de l’éducation populaire en semant les petites graines qui finiront bien un jour par donner des fruits. Je pense à Christian Maurel, à Luc Carton, à Franck Lepage, Alexia Morvan et toute l’équipe du Pavé, au réseau Arc en Ciel, à ceux qui ont fait resurgir les universités populaires, aux défricheurs de l’économie solidaire, à toutes celles et ceux qui ont maintenu la flamme dans leurs centres sociaux et autres MJC, et à tous ces héros du quotidien parmi lesquels nous n’oublions pas les militants de RESF ou les travailleurs de Net Cacao et de Fralib.

Mais en fait de quoi parle-t-on ? Quel est l’objet réel de cette initiative ?

On pourrait s’entendre sur la proposition de Christian Maurel qui définit l’éducation populaire comme étant « l’ensemble des pratiques éducatives et culturelles qui œuvrent à la transformation sociale et politique, travaillent à l’émancipation des individus et du peuple, et augmentent leur puissance démocratique d’agir », ou, comme l’avait résumé Luc Carton : l’éducation populaire, c’est le travail de la culture dans la transformation sociale, économique et politique…
Mais au lieu de partir d’une définition en la détricotant pour en capter toute la portée, je vous propose un exercice qui permet de faire reposer les fondations du débat sur quelques matériaux simples à partir desquels chacun pourra apporter sa pierre à l’édification d’une éducation populaire du XXIème siècle.
Tous capables, tous différents :Cette affirmation maintes fois entendue mérite d’abord un petit détour sur l’approche que nous faisons de l’être humain. A une époque où certains patrons de chaînes de télévision s’évertuent à vouloir le décerveler, nous allons nous interroger sur ce qui caractérise sa singularité.Le premier facteur, c’est le facteur biologique, jusqu’à preuve du contraire, nous sommes des êtres vivants issus des gamètes de nos parents. Mais ce facteur à lui seul n’explique pas ce qui fait la singularité de chaque individu. On évoque alors l’environnement, l’éducation reçue dans le cadre familial et dans les institutions, les modes d’accès à la mémoire collective de l’humanité…
Mais il y a un facteur aux frontières imprécises qui permet de comprendre ce qui fait de chaque individu un être singulier « capable et différent ». Certains appellent ce facteur « l’auto organisation », chacun de nous a la faculté de faire des choix, de prendre ses responsabilités, de commettre des erreurs et de tirer des leçons de ses erreurs. J’ai un souvenir approximatif d’une citation de Sartre qui disait « je suis ce que j’ai fait de ce qu’on a fait de moi ».

En raccourci, ce facteur permet de nous construire en tant qu’individu dans notre rapport aux autres.Dans son roman «  Les Animaux dénaturés  », Vercors raconte une belle histoire : Une inondation ravage une vallée où vivent une tribu primitive et une colonie de castors. Les castors, mus par leur instinct héréditaire, construisent un barrage et mettent ainsi leurs huttes à l’abri. Les hommes, menés par leur grand sorcier, montent sur la colline sacrée pour invoquer leurs dieux et en implorer la protection. Évidemment, leur village est ravagé… Vercors conclut : bien sûr, ils semblent avoir eu un comportement absurde. Mais en réalité il y a chez eux quelque chose qui va beaucoup plus loin et qui porte en germe toute la civilisation à venir : ils ont cherché à comprendre, cherché les causes de leur malheur et en fait, implicitement les lois du monde. Là, ils se sont trompés et ont trouvé une explication religieuse fantastique qui a conduit au désastre mais, malgré les apparences, leur démarche va beaucoup plus loin que celle des castors. Un jour ils réussiront et feront de grandes choses…

Effectivement, ils se sont trompés, mais ils seront en mesure de comprendre et rectifier cette erreur. Chacun a pu user de sa capacité à percevoir son environnement, de sa capacité à rêver des solutions en dehors de son cadre de référence, de sa capacité à penser… et à fusionner le produit de ces capacités dans une action collective. Cette histoire illustre assez bien les éléments constitutifs de notre aptitude à l’auto organisation. L’absence de ces éléments ferait de nous des êtres formatés un peu comme les castors de Vercors ou comme des insectes sociaux. Imaginons un instant si dans un système donné, on réduisait l’une ou l’autre, voire toutes ces capacités, que resterait-il de ce facteur d’auto organisation ? Que resterait-il de notre liberté d’agir ? Nous assisterions à une entreprise colossale de formatage de masse. (A ce stade de la démonstration, je propose souvent un petit jeu, où d’une part, on liste tout ce qui contribue à limiter chacune de ces capacités, puis on y oppose tout ce qui permet leur développement.)
Capacité à rêver : C’est le rêve qui permet d’imaginer des mondes, des solutions en dehors de notre cadre de référence et c’est d’ailleurs une des fonctions de l’art de participer à la socialisation du rêve.

Marcuse nous mettait en garde, si nous laissons faire, combien de générations faudra-t-il pour ne plus trouver un seul enfant sur cette terre capable de rêver en dehors des standards de la Walt Disney Company ? Un autre exemple encore plus palpable : dans quinze jours, la grande masse des consommateurs, en franchissant les portes des temples de la consommation, se trouveront face à deux rayons, un, couleur rose bonbon, et l’autre vert kaki : l’univers onirique des enfants subit un formatage sexué dès le premier âge.
Capacité à percevoir le monde : C’est l’effet « magique » des médias de brouiller notre rapport aux réalités, en rendant invisible ce que les classes dirigeantes veulent nous cacher et en rendant visible ce qu’elles veulent nous montrer.
Le mur de Berlin, visible : selon le groupe de recherche central de la réunification, un organisme officiel chargé d’établir la liste des crimes de la RDA, le mur de Berlin a causé la mort de 125 personnes, en 30 ans, 125 morts de trop. Mais combien savent qu’en 10 ans, de 98 à 2008 14000 personnes sont venues mourir sur le mur de Schengen symbole invisible du monde libre ? Idem entre les USA et Le Mexique, idem au cœur même de la Palestine.
Quand 3000 américains meurent un jour, qui peut échapper à cette réalité. Par contre, combien parmi nous savent que 35000 personnes meurent chaque jour, dont une majorité de femmes et d’enfants, parce qu’ils n’ont pas accès à l’eau et à la nourriture, et nos gouvernements ne peuvent pas nous faire croire qu’il s’agit d’une fatalité quand nous savons que nous avons la possibilité de produire assez pour nourrir la planète entière.
Capacité à penser :Pouvons nous échapper à la manipulation de nos esprits quand notre perception des faits est ainsi réduite. Les travaux réalisés par des linguistes et des sociologues que Franck Lepage décrit avec talent dans Incultures I montrent qu’en remplaçant des mots par d’autres on modifie notre aptitude à penser le monde et les rapports de domination.
Ce thème mériterait un atelier à lui seul pour décrypter toutes les entreprises d’infantilisation, d’apologie de la médiocrité, de culpabilisation des publics. Je vous invite à consulter la désintoxication de la langue de bois sur le site de la SCOP Le Pavé, le petit lexique de la langue automatique du journalisme officiel qui a été publié par ACRIMED, les « 10 stratégies de manipulation » décrites par Noam Chomsky ou le « manuel anti-manipulation » de Michel Collon.
Quant à notre capacité d’engagement dans des actions collectives pour transformer les choses. Elle dépend à la fois des trois facteurs précédents et elle en est l’aboutissement. Dans le cas où les ingrédients idéologiques ne suffiraient pas à la limiter, on peut y ajouter un peu d’étranglement, par le crédit par exemple. Mais surtout, la liberté d’agir collectivement est directement menacée : dois-je faire la liste des atteintes au droit de grève ? à l’enrôlement des associations au service de la puissance publique ? à leur mise en concurrence, ou à leur étranglement financier ? à l’arsenal répressif toujours prêt à être utilisé dès qu’il s’agit de contester les règles du jeu ? Et la liste est loin d’être exhaustive.

Pour conclure: Nous avons pu évoquer les facteurs inhérents à la liberté des individus et à leur capacité d’agir consciemment et collectivement. Cette liberté et cette capacité d’agir se cultivent, et c’est la mission essentielle de l’éducation populaire. C’est l’école permanente de l’anti-formatage. C’est le champ d’action dans lequel nous devons faire en sorte que chacun puisse développer ses capacités d’auto organisation, c’est-à-dire ses capacité à percevoir le monde, donc à décoder l’information, ses capacités à rêver, à imaginer la Cité idéale, le petit point sur l’horizon qui nous permettra de nous mettre en mouvement parce qu’il n’y a pas de fatalité à subir l’injustice et à tolérer la misère. Chacun doit pouvoir développer ses capacités à exercer une pensée critique et à s’organiser collectivement. Rien n’est acquis, nous devons continuer à expérimenter les outils et méthodes actives qui nous préservent de la manipulation.
Il n’y a pas de pause possible dans le combat que nous menons pour défendre le bien commun et l’espace public. L’éducation populaire, c’est toujours plus de liberté, plus d’égalité et plus de fraternité. Nous parlons ici de valeurs, ces mots doivent conserver tout leur sens car il ne s’agit pas de se gausser d’une devise évidée au nom de laquelle on a pu par exemple assujettir les peuples colonisés.
L’éducation populaire aujourd’hui est un antidote à la montée de l’insignifiance, au décervelage médiatique, aux rapports de domination. Partout elle respire entre pertinence et impertinence, entre indignation et résistance.
Voila… Le débat est ouvert, de quoi parle-t-on ? Parlons nous de la même chose ?A vous de compléter le tableau, d’apporter la contradiction, de faire part de vos expériences.

Jean-Paul Mignon