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Juin 02 2017

RYTHMES SCOLAIRES ET ÉDUCATIFS : RENOUER AVEC L’AMBITION SANS ORGANISER LA CONFUSION

Emmanuel Macron l’avait dit pendant sa campagne, son ministre de l’éducation nationale le fait : dès la rentrée scolaire de septembre 2017 les communes pourront revenir sur la réforme des rythmes scolaires. Depuis septembre 2014 la semaine de 4,5 jours a été établie dans l’enseignement du premier degré. Un projet de décret en cours d’adoption va permettre de revenir à  la semaine à 4 jours.

Les maires qui vont vouloir revenir au régime scolaire antérieur vont donc pouvoir mettre en branle un dispositif complexe. Le projet de décret stipule que l’organisation de la semaine scolaire pourra se faire sur “proposition conjointe d’une commune ou d’un établissement public de coopération intercommunale et d’un ou plusieurs conseils d’école.” En cas d’accords favorables d’une majorité de conseils d’écoles, les recteurs d’académies pourront autoriser des aménagements de plages horaires revenant à 4 jours. Les maires ne décideront donc pas seuls mais les portes sont ouvertes pour revenir sur la réforme portée par Vincent Peillon qui a tant fait se dresser l’association des maires de France face aux coûts induits.

Le problème est bien comptable. Une fois de plus ce ne sont pas les enjeux éducatifs périscolaires qui sont considérés. La levée de boucliers des maires est d’abord financière et le décret projeté répond à cette hantise. Selon l’association des élus (AMF) le coût annuel moyen par enfant fréquentant le périscolaire s’élève à 231 euros. Certes l’aide de l’Etat vient compenser faiblement mais significativement la « dépense » (50 à 90 €/an). Près des deux tiers des communes trouvent la facture trop lourde.

La réforme voulue est d’abord une réponse à ces maires hostiles à une réforme qu’ils ne perçoivent que comme un coût alors qu’elle devrait être aussi d’investissement éducatif.

Pourtant les services de l’Etat ont tout fait pour réduire les impacts financiers des rythmes scolaires en les faisant relever de manière dérogatoire d’une législation mal adaptée (centres de loisirs et de vacances) et desserrant qui plus est les taux d’encadrement au détriment de la qualité éducative. Tout a été fait pour reporter la professionnalisation d’une filière.   Pourtant, cette filière d’emplois précaires à temps partiel contraint existe bel et bien. Elle représente environ 200 000 emplois évalués à 120 000 ETP de nature et statuts fort différents.

L’Etat a décidé de retirer progressivement ses aides à horizon 2019. Il faut donc aussi comprendre cet engagement électoral comme participant d’une volonté globale de purger les dépenses publiques des collectivités et de l’Etat. Cette doctrine qui sacrifie les services publics passe par de multiples biais et pas seulement par la destruction d’emplois publics.

Certes la réforme des rythmes scolaires et éducatifs souffre d’un manque cruel de moyens et d’ambitions mais organiser sa disparition n’est pas de bonne méthode. Outre les inégalités territoriales déjà observables au sein d’agglomérations urbaines elles-mêmes, l’effacement de la réforme va aussi entériner les ruptures villes riches/villes pauvres, urbain/rural.

Au bout du bout un autre enjeu va être frappé d’alignement : la capacité d’élaborer et de travailler autrement, en lien avec l’Ecole, des politiques territoriales éducatives avec les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire agréés, et d’autres acteurs laïques de l’action culturelle et sportive.